48 équipes au Mondial, pourquoi tout change en 2026
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Quand la FIFA a annoncé en janvier 2017 que le Mondial passerait de 32 à 48 équipes, la première réaction de la presse européenne a été un haussement d’épaules un peu moqueur. Trop d’équipes, trop de matchs sans enjeu, trop d’argent au détriment du sport, voilà ce qu’on lisait à Zurich, à Milan ou à Paris. Neuf ans plus tard, à l’approche du coup d’envoi à Mexico, je peux vous le dire avec une certaine assurance : ce nouveau format va transformer la Coupe du Monde plus profondément que personne ne l’avait anticipé, et la Suisse en particulier a tout à y gagner. Cette nouvelle architecture mérite qu’on prenne le temps de la comprendre, parce qu’elle change non seulement la manière dont les équipes vont aborder le tournoi mais aussi celle dont les parieurs romands vont lire leurs bulletins Jouez Sport.
Ce que je vais détailler ici, c’est la mécanique complète du nouveau format. D’où il vient, comment il fonctionne, ce qu’il introduit de radicalement neuf comme le Round of 32, et quelles conséquences pratiques il a pour les pronostics et pour le rôle de la Nati. Pas une fiche technique sèche, mais une visite guidée par quelqu’un qui a passé l’année 2025 à en éplucher chaque détail pour ses lecteurs romands.
2017, la décision de la FIFA et son contexte
Pour comprendre pourquoi le Mondial passe à 48 équipes, il faut revenir à un congrès tenu à Zurich le 10 janvier 2017. Ce jour-là, le Conseil de la FIFA a voté à l’unanimité l’extension du tournoi à compter de l’édition 2026. Personne dans la salle n’a vraiment été surpris : l’idée circulait depuis l’élection de Gianni Infantino à la présidence en février 2016, et elle figurait noir sur blanc dans son programme de campagne.
L’argument officiel mis en avant par la FIFA reposait sur trois piliers. Premièrement, donner à plus de fédérations nationales l’occasion de participer à la compétition la plus prestigieuse du sport, en élargissant notamment l’accès à des continents historiquement sous-représentés comme l’Afrique, l’Asie et l’Océanie. Deuxièmement, augmenter les revenus globaux du tournoi par le biais de droits télévisés multipliés et de sponsorings élargis. Troisièmement, nourrir le développement du football dans les pays émergents en leur offrant un horizon de qualification réaliste qui dynamise leurs ligues nationales.
Les critiques se sont concentrées sur deux points qui méritent d’être nommés. Premièrement, la dilution sportive : avec 48 équipes au lieu de 32, on ouvre les portes à des sélections classées au-delà du 70e rang mondial dans le ranking FIFA, ce qui peut produire des matchs déséquilibrés en phase de groupes. Deuxièmement, le calendrier surchargé : pour passer de 32 à 48 équipes sans rallonger excessivement le tournoi au-delà des 39 jours prévus, il a fallu inventer un nouveau format qui rajoute un tour préliminaire d’élimination directe juste après les groupes, le fameux Round of 32 dont je parle plus bas.
Ce qu’on a moins commenté à l’époque, c’est l’effet géopolitique du choix de l’attribution conjointe à trois pays. En attribuant l’organisation aux États-Unis, au Mexique et au Canada lors du vote de juin 2018, la FIFA a posé les bases logistiques d’un tournoi à très grande échelle, avec 16 stades répartis sur trois pays et trois fuseaux horaires. C’est ce dispositif qui rend le format à 48 équipes praticable dans la fenêtre du 11 juin au 19 juillet, et c’est lui qui détermine les conditions de jeu radicalement nouvelles auxquelles la Nati va se confronter.
Une remarque importante pour les lecteurs romands. La Suisse, qui s’est qualifiée pour les six derniers Mondiaux entre 1994 et 2026, n’avait pas besoin du nouveau format pour participer. Mais ce nouveau format change néanmoins son horizon, parce qu’il ouvre des chemins de qualification pour les huitièmes qui n’existaient pas avant. C’est une bonne nouvelle, et nous allons voir pourquoi.
12 groupes de 4, la mécanique
Le cœur du nouveau format est l’organisation en douze groupes de quatre équipes, là où les éditions de 2018 et 2022 comptaient huit groupes de quatre. La différence semble cosmétique, elle est en réalité structurelle, et elle a des conséquences en cascade sur tout le reste du tournoi.
Chaque groupe contient quatre équipes qui jouent toutes les unes contre les autres dans un système de mini-championnat à un tour. Cela représente six matchs par groupe, soit 72 matchs au total pour la phase de groupes des 12 groupes. Comparé aux 48 matchs de la phase de groupes du format 2022, c’est un volume nettement supérieur, étalé sur les trois premières semaines du tournoi avant le démarrage de la phase à élimination directe.
Pour la Nati, le tirage de décembre 2025 à Washington l’a placée dans le Groupe B aux côtés du Canada (tête de série en tant que pays hôte), du Qatar et de la Bosnie-Herzégovine qui s’est qualifiée via les barrages UEFA. La Suisse jouera donc trois matchs de groupe : Qatar-Suisse au Levi’s Stadium de Santa Clara le 13 juin, Suisse-Bosnie au SoFi Stadium d’Inglewood le 18 juin, et Suisse-Canada à BC Place de Vancouver le 24 juin. Ces trois rencontres, toutes programmées à 21 heures heure suisse, formeront l’épine dorsale du Mondial pour les supporters romands et alimenteront la grande majorité des paris pris chez Jouez Sport pendant la phase de groupes.
La règle de qualification depuis le groupe est centrale et c’est là que le nouveau format introduit sa principale nouveauté. Les deux premières équipes de chaque groupe sont qualifiées directement pour le Round of 32, ce qui représente 24 équipes qualifiées d’office. À ces 24 s’ajoutent les huit meilleures troisièmes, c’est-à-dire les huit équipes terminant à la troisième place de leur groupe avec le meilleur bilan comparé. Au total, 32 équipes accèdent à la phase à élimination directe, soit exactement le double du format 2022 qui n’en qualifiait que 16.
Cette ouverture statistique a une conséquence très concrète pour les sélections de second rang comme la Suisse. Là où le format 2022 imposait de finir première ou deuxième pour passer, le format 2026 offre une troisième porte de sortie via le repêchage des meilleurs troisièmes. C’est une assurance vie tactique qui modifie complètement l’approche d’un dernier match de groupe : un nul ou même une défaite étroite peuvent suffire à se qualifier si les autres groupes ont produit des troisièmes plus faibles.
Le calcul des meilleurs troisièmes se fait selon un classement transversal classique : nombre de points obtenus, différence de buts générale, nombre de buts marqués, fair-play, et tirage au sort en dernier recours. La FIFA a publié les règles précises dans son règlement officiel et elles seront appliquées strictement à la fin du dernier jour de la phase de groupes. Pour la Nati, cela signifie que chaque but encaissé ou marqué dans les six matchs du Groupe B comptera doublement : pour la position dans le groupe, et pour le rang relatif parmi les troisièmes possibles.
Le Round of 32, nouveauté absolue
Voici la pièce la plus inédite du nouveau format, et celle qui demande le plus d’effort mental aux fans habitués aux Mondiaux à 32 équipes. Le Round of 32 est un seizième de finale tournante qui n’existait tout simplement pas avant 2026 et qui transforme la phase à élimination directe en un tournoi en six tours au lieu de cinq.
Concrètement, après la fin de la phase de groupes le 27 juin, les 32 équipes qualifiées (24 directes plus 8 meilleures troisièmes) entrent dans un tableau à élimination directe. Le Round of 32 se joue entre le 28 juin et le 3 juillet, soit sur six jours, à raison de plusieurs matchs simultanés sur les différents stades du tournoi. Les vainqueurs accèdent ensuite aux huitièmes de finale, qui démarrent le 4 juillet, puis aux quarts, demi-finales et finale selon le calendrier classique culminant le 19 juillet au MetLife Stadium.
Pour la Nati, cela représente une étape supplémentaire à franchir avant les huitièmes traditionnels. Là où une qualification depuis la phase de groupes envoyait directement en huitièmes en 2022, en 2026 elle envoie en seizièmes. Pour atteindre les huitièmes, il faudra donc gagner un match supplémentaire dans le Round of 32, contre un adversaire qui sera probablement le deuxième ou le troisième d’un groupe voisin. Cette rallonge tactique modifie en profondeur la lecture du parcours.
L’avantage du Round of 32, du point de vue d’une équipe comme la Suisse, c’est qu’il ouvre une marge d’erreur plus grande lors de la phase de groupes. Vous pouvez finir deuxième ou troisième de votre groupe et tomber dans le Round of 32 sur un adversaire abordable. Vous pouvez aussi finir premier et tomber sur un adversaire plus modeste. La différence entre les places se lisse, et le tirage relatif devient presque aussi important que le tirage initial des groupes. Pour les pronostics Jouez Sport, cela rend la lecture des matchs de fin de groupe particulièrement complexe : un résultat indésirable sur le moment peut s’avérer favorable au regard du tableau final.
L’inconvénient, à l’inverse, c’est qu’il rajoute un match couperet dans un calendrier déjà serré. Une équipe qui irait jusqu’en finale en 2026 jouera huit matchs au total (trois de groupe plus cinq d’élimination directe), contre sept en 2022. Cette charge supplémentaire pèsera sur les organismes, sur les blessures, et sur les rotations d’effectifs. Les sélections qui ont préparé le tournoi avec un effectif large de 26 joueurs comme l’autorise le règlement actuel auront un avantage compétitif net sur celles qui se reposent sur une équipe-type figée.
Les huit meilleurs troisièmes, comment ça marche
Le mécanisme des meilleurs troisièmes est ce que les commentateurs vont passer l’essentiel de leur temps à expliquer pendant le Mondial 2026, parce qu’il n’est pas intuitif et qu’il peut produire des qualifications spectaculaires comme des éliminations cruelles. Je vais le décortiquer ici une fois pour toutes.
À la fin de la phase de groupes, vous avez 12 troisièmes (un par groupe). Sur ces 12, seuls 8 vont accéder au Round of 32. Les 4 autres rentrent à la maison. La sélection se fait par un classement comparatif qui prend en compte, dans l’ordre : le nombre de points obtenus, la différence de buts, le nombre de buts marqués, le fair-play (sur la base des cartons), et un tirage au sort en cas d’égalité parfaite.
Prenons un exemple chiffré pour rendre les choses concrètes. Imaginons qu’à la fin de la phase de groupes, sur les 12 troisièmes, vous ayez deux équipes à 4 points avec une différence de buts de plus 1, une équipe à 4 points avec une différence de zéro, six équipes à 3 points avec des différences variant de plus 1 à moins 4, et trois équipes à 2 points ou moins. Les huit meilleures troisièmes seront alors les deux à 4 points avec différence positive, plus celle à 4 points avec différence nulle, plus les cinq meilleures parmi les six à 3 points selon leur différence de buts. Les trois équipes à 2 points et moins, plus la pire des six équipes à 3 points, sont éliminées.
La conséquence stratégique pour la Nati est claire. Si la Suisse termine troisième de son Groupe B, elle a besoin d’avoir engrangé au moins 3 points (donc une victoire) et idéalement 4 points (une victoire et un nul) pour avoir une chance raisonnable de se qualifier comme meilleure troisième. Avec seulement 2 points (deux nuls et une défaite), la qualification dépendra de la faiblesse simultanée des autres groupes, ce qui est rarement une stratégie gagnante. C’est pour cette raison que je considère que l’objectif réaliste de la Nati pour le tournoi est de viser deux victoires en phase de groupes, pas une, parce que la marge de sécurité change radicalement entre 6 points et 3 points.
Une nuance importante. Le tableau à élimination directe est construit de telle sorte que les huit meilleures troisièmes sont versées dans une partie spécifique du tirage selon leurs groupes d’origine, pour respecter l’équilibre géographique et éviter les trop grandes injustices. Vous ne pouvez pas tomber sur n’importe quel adversaire au Round of 32, le jumelage suit une grille préétablie publiée par la FIFA. Pour la Suisse spécifiquement, le scénario le plus probable en cas de qualification comme troisième serait un Round of 32 contre la deuxième d’un groupe voisin, ce qui peut représenter une opposition moins redoutable qu’une deuxième place du Groupe B suivie d’un huitième contre le premier d’un groupe fort.
Conséquences pour les paris
Tout ce nouveau format produit des conséquences directes sur la manière dont les parieurs romands vont aborder leurs bulletins Jouez Sport pour le Mondial 2026. Je vais les énumérer dans l’ordre où elles vont vous frapper, du premier match de groupe à la finale.
Première conséquence, la cote de qualification depuis le groupe devient mécaniquement plus basse pour la Nati. Avec trois portes de sortie au lieu de deux (premier, deuxième, ou meilleure troisième), la probabilité statistique de passer le premier tour augmente sensiblement pour une sélection de second rang comme la Suisse. La cote Jouez Sport sur la qualification de la Nati pour le Round of 32 tourne autour de 1.45 à 1.55 selon les semaines, contre 1.65 à 1.75 qu’elle aurait été dans l’ancien format à 32 équipes. Cette baisse de cote reflète une réalité statistique mais elle réduit aussi le value disponible pour ceux qui veulent parier sur la qualification long-terme de la Nati.
Deuxième conséquence, les paris sur les premières places de groupe deviennent plus rentables en termes de cote. Comme moins de pression statistique pèse sur la nécessité de finir premier ou deuxième pour passer, certaines sélections vont se contenter d’un parcours minimaliste à 4 points, ce qui crée des trajectoires inattendues. Les cotes sur « vainqueur du groupe » ou sur « première place » gagnent en généreusité pour les sélections de second rang qui peuvent se permettre une stratégie de gestion plutôt que d’attaque permanente.
Troisième conséquence, le marché des combinés à long terme devient plus complexe à construire. Comme un parcours type passe désormais par un Round of 32 qui n’existait pas avant, les combinaisons « qualification plus huitièmes plus quarts » doivent intégrer une étape supplémentaire et donc multiplier les cotes par un facteur de plus. Cette mécanique gonfle les gains potentiels mais elle gonfle aussi le risque cumulé, et elle pousse à la prudence dans le nombre de sélections agrégées dans un seul ticket.
Quatrième conséquence, et la plus subtile, le marché des outsiders gagne en intérêt. Avec 48 équipes participantes, la probabilité qu’une équipe surprise atteigne les quarts ou les demi-finales augmente, parce que le tableau à élimination directe est plus large et plus aléatoire. Les cotes Jouez Sport sur des sélections comme le Maroc, la Croatie, le Japon ou même la Suisse pour atteindre les quarts seront probablement plus serrées qu’en 2022 mais elles resteront attractives pour qui croit aux exploits. Pour ma part, je vois dans ce nouveau format une véritable opportunité de pronostic pour les outsiders méthodiquement préparés, et j’y reviendrai longuement dans mes pronostics du Groupe B et du tableau général à l’approche du tournoi.
Combien de matchs au total compte le Mondial 2026 dans son nouveau format ?
Le tournoi compte 104 matchs au total, contre 64 pour les éditions 2018 et 2022. Cette explosion vient à la fois de l"augmentation du nombre d"équipes (48 contre 32) et de l"introduction du Round of 32 qui rajoute 16 matchs entre la phase de groupes et les huitièmes de finale. Concrètement, vous aurez en moyenne deux matchs et demi par jour pendant les 39 jours du tournoi, avec des pics à six ou sept matchs simultanés certains samedis et dimanches de la phase de groupes.
Une équipe peut-elle se qualifier pour le Round of 32 avec seulement 3 points en phase de groupes ?
Théoriquement oui, dans le cas extrême où elle finit troisième de son groupe avec 3 points (une victoire, deux défaites) et où sa différence de buts est meilleure que celle des autres troisièmes. En pratique, atteindre le Round of 32 avec seulement 3 points est très risqué et dépend entièrement de la faiblesse des autres groupes. Historiquement, dans les compétitions à format similaire comme l"Euro 2016 et l"Euro 2020, les meilleurs troisièmes qualifiés avaient en général 4 points minimum, soit une victoire et un nul. Une équipe qui veut maximiser ses chances en tant que troisième doit donc viser au moins quatre points sur neuf possibles.
Le format à 48 équipes va-t-il devenir permanent pour les Mondiaux suivants ?
Selon les déclarations officielles de la FIFA, le format à 48 équipes est destiné à devenir le format de référence pour les éditions suivantes de la Coupe du Monde, à commencer par celle de 2030 qui sera organisée principalement en Espagne, au Portugal et au Maroc avec quelques matchs en Amérique du Sud. La FIFA n"a pas indiqué de retour au format à 32 équipes ni de nouvelle expansion à plus de 48 participants. Il est donc raisonnable de considérer que le Mondial 2026 marque le début d"une ère durable, et que l"apprentissage du nouveau format servira aussi pour les tournois à venir.
Pour replacer ce nouveau format dans la vue d’ensemble du Mondial 2026, le récit complet des 12 groupes, des trois pays hôtes et des 16 stades figure dans l’article général sur la Coupe du Monde 2026, qui couvre l’ensemble du calendrier et de la route vers la finale du MetLife Stadium.
