Les douze groupes du Mondial 2026, racontés un par un
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Pourquoi douze, et pas seize, et pas huit ? Parce que la FIFA a voulu un Mondial qui rentre dans 39 jours sans étirer le format au-delà du raisonnable, et parce que douze poules de quatre, c’est exactement 48 équipes, soit le chiffre qu’elle s’était promis depuis 2017. Voilà pourquoi, le 5 décembre 2025, au Kennedy Center à Washington, douze chapeaux ont été alignés sur la scène et pas un de plus. J’étais devant mon écran, à Lausanne, un café froid à la main, et j’ai pris des notes pendant deux heures comme un étudiant en première année. Ce que vous allez lire dans ces lignes, c’est le récit complet des douze groupes du Mondial 2026, avec mon regard d’analyste, ce qui m’a sauté aux yeux, et ce que les cotes Jouez Sport ont commencé à dire dès le lendemain. Je commence par le tirage lui-même, puis je raconte chaque groupe dans l’ordre alphabétique, du A jusqu’au L, en m’arrêtant un peu plus longuement sur le B parce que c’est celui de la Nati, et en intégrant les six équipes arrivées via les barrages européens et intercontinentaux disputés fin mars 2026. À la fin, je vous explique le mécanisme des huit meilleurs troisièmes, qui est sans doute la nouveauté la plus mal comprise de ce Mondial 2026.
Le tirage en cinq actes, ou comment Washington a recomposé le Mondial
Le 5 décembre 2025, vers 20h00 heure suisse, Heidi Klum est montée sur la scène du Kennedy Center à Washington. C’était inattendu, c’était américain, c’était parfaitement dans le ton du Mondial qui s’annonce. Et pourtant, ce qui s’est joué pendant les deux heures suivantes était parfaitement sérieux : la FIFA a réparti 42 équipes qualifiées et 6 emplacements de barrages dans douze groupes, en respectant un système de chapeaux fondé sur le classement Elo et les positions de têtes de série attribuées aux trois pays-hôtes. Le tirage s’est déroulé en cinq actes, et chacun a apporté son lot de surprises et de quasi-évidences.
Premier acte : la répartition des têtes de série. Mexique, Canada et États-Unis ont été placés d’office dans les groupes A, B et D, en tant que pays-hôtes. À cela se sont ajoutées les neuf meilleures nations du classement FIFA, parmi lesquelles l’Espagne, l’Argentine, la France, l’Angleterre, le Brésil, le Portugal, les Pays-Bas, la Belgique et l’Allemagne. Chacune a hérité d’une position de tête de série, ce qui leur garantit un parcours théoriquement allégé en phase de groupes. Deuxième acte : le chapeau 2, qui rassemblait des nations européennes solides comme la Suisse ou la Croatie, et des poids lourds africains et asiatiques. C’est dans ce chapeau que se trouvait la Nati, et c’est de là qu’elle est partie pour le Groupe B.
Troisième acte : le chapeau 3, plus hétérogène, avec des équipes comme l’Équateur, l’Iran, le Sénégal, l’Australie et la Côte d’Ivoire. Quatrième acte : le chapeau 4, qui contenait à la fois des outsiders qualifiés directement comme Cabo Verde et Curaçao, et les emplacements réservés aux barrages intercontinentaux et UEFA. Et enfin cinquième acte, le plus tendu, où la FIFA a appliqué les contraintes géographiques : pas plus de deux équipes européennes par groupe, pas plus d’une équipe par confédération non-européenne. C’est ce qui a empêché certains scénarios cauchemardesques et qui explique pourquoi vous ne trouvez pas, par exemple, l’Argentine et le Brésil dans la même poule.
Ce que je retiens de ce tirage, en tant qu’analyste, c’est qu’il a été plutôt clément avec les têtes de série européennes. Aucune n’a hérité d’un groupe de la mort au sens classique. L’Espagne a écopé de l’Uruguay, qui est le tirage le plus rugueux de tous les chapeaux 2. La France a évité tous les épouvantails africains de premier plan. Et la Nati, comme je l’ai déjà raconté ailleurs, est tombée dans une poule où elle peut viser sereinement la deuxième place. Si je devais résumer le tirage en une phrase, je dirais qu’il a confirmé la hiérarchie sans la bouleverser, ce qui n’est pas forcément ce qu’on attendait d’un format à 48 équipes censé brouiller les lignes. Les vraies surprises viendront sur le terrain, pas du tirage.
Groupe A : le Mexique d’ouverture, et trois invités qui n’ont rien à perdre
L’Estadio Azteca, le 11 juin 2026, à 12h00 heure de Mexico, soit 21h00 chez nous. C’est là que tout commence, et c’est le Mexique qui ouvre le bal contre l’Afrique du Sud. Quand j’ai vu cette affiche tomber au tirage, j’ai souri : c’est exactement le genre de match d’ouverture que la FIFA aime, avec un pays-hôte favori sur le papier, un adversaire qui apporte de l’exotisme et de la sympathie, et zéro pression de favori absolu pour personne. Le Groupe A, c’est ça : un Mexique qui doit faire son trou comme tête de série, et trois équipes qui peuvent jouer libérées.
Le Mexique de Javier Aguirre arrive avec un effectif un peu plus jeune que celui de 2022, recentré autour de Santiago Giménez en pointe et de la génération formée par les clubs européens, principalement néerlandais et belges. À la maison, à Mexico, dans l’altitude de l’Azteca, le Mexique part avec un avantage tangible que les cotes Jouez Sport ont immédiatement intégré. La Corée du Sud, deuxième tête de série du groupe sur le papier, reste portée par Son Heung-min mais aussi par une nouvelle génération de milieux qui jouent en Bundesliga et en Premier League. C’est une équipe technique, capable de poser des problèmes à n’importe qui dans les quarante-cinq premières minutes, avant que le physique ne devienne un sujet.
L’Afrique du Sud signe son retour en Coupe du Monde après vingt ans d’absence depuis l’édition 2010 qu’elle avait organisée. Les Bafana Bafana arrivent grâce à une qualification CAF maîtrisée et avec un noyau de joueurs évoluant en Europe et au Maroc. Personne ne les attend, ce qui est précisément l’ambiance dans laquelle ils jouent le mieux. La République tchèque, enfin, est l’invitée surprise du tirage, qualifiée sur le fil en barrage UEFA. Les Tchèques vont jouer dur, organisé, sans complexe, à la manière de leurs glorieux aînés des années 1990. Mon pronostic à froid : Mexique premier, Corée du Sud deuxième, l’Afrique du Sud joue les troubles fêtes pour la troisième place qualificative.
Groupe B : Canada, Suisse, Qatar, Bosnie-Herzégovine, et beaucoup d’enjeu romand
Vous me pardonnerez si je m’attarde un peu plus longuement sur ce groupe. C’est celui de la Nati, c’est celui qui me tient à cœur, et c’est aussi celui qui a généré le plus de discussions dans les bistrots de Lausanne, de Genève et de Sion depuis le tirage. Le Groupe B, c’est Canada, Suisse, Qatar, Bosnie-Herzégovine. Sur le papier, c’est un groupe que beaucoup d’observateurs ont qualifié d’abordable pour la Suisse, et je pense qu’ils ont raison à 80%. Les 20% restants, c’est le respect élémentaire que je porte à toute équipe qui a réussi à se qualifier pour un Mondial.
Le Canada est tête de série en tant que pays-hôte, et il faut prendre cette tête de série au sérieux. Sous Jesse Marsch, les Canadiens ont progressé de manière tangible depuis 2022. Alphonso Davies est revenu de blessure, Jonathan David enchaîne les buts au Lille puis dans son nouveau club, et Tajon Buchanan apporte de la verticalité sur l’aile droite. À domicile, à Vancouver et Toronto, le Canada va jouer avec ses tribunes, avec son public, avec un sentiment d’enjeu national qui peut décupler les forces.
La Suisse arrive en deuxième position du chapeau, avec sa qualification directe en tant que vainqueur de la poule UEFA B. Murat Yakin a installé son 3-4-2-1, Granit Xhaka tient toujours le milieu d’une main de fer, Manuel Akanji et Nico Elvedi sont devenus l’un des meilleurs duos défensifs d’Europe, et Breel Embolo a retrouvé un rythme de buts respectable sous le maillot rouge à croix blanche. Le Qatar, lui, retrouve un Mondial quatre ans après avoir organisé le sien. Akram Afif et Almoez Ali sont toujours là, plus expérimentés, et la sélection asiatique a maintenu une vraie qualité technique malgré le départ de plusieurs cadres.
La Bosnie-Herzégovine est la dernière arrivée, par la voie du barrage UEFA Path A. C’est l’équipe la plus dangereuse du chapeau 4 dans ce groupe, parce qu’elle joue avec le sentiment de revanche de ceux qui ont failli rester à la maison. Edin Džeko, à 39 ans, est toujours le capitaine et toujours capable de marquer un but de classe à n’importe quel moment. Mon pronostic : Canada premier ou deuxième, Suisse deuxième ou premier, et c’est le match Suisse-Canada du 24 juin à Vancouver qui décidera. Le Qatar et la Bosnie se disputeront la troisième place, qui peut suffire à passer en Round of 32 grâce au mécanisme des huit meilleurs troisièmes. Pour aller plus loin sur cette poule, je vous renvoie à mon analyse complète du Groupe B avec Canada, Suisse, Qatar et Bosnie.
Groupe C : le Brésil et trois adversaires qui mordent
Maroc, Écosse, Haïti. Quand j’ai vu cette composition autour du Brésil, je me suis dit que la Seleção de Carlo Ancelotti avait hérité d’un faux-bon-tirage. Sur le papier, le Brésil est intouchable. Dans les faits, deux adversaires sur trois sont capables de leur poser de vrais problèmes, et le troisième n’a rien à perdre. C’est exactement le type de groupe qui peut produire un faux pas qui coûte la première place et, par ricochet, complique tout le tableau final.
Le Maroc, c’est la grande équipe africaine du Mondial 2026, celle qui sort des quatre premières places de l’édition 2022 au Qatar. Achraf Hakimi joue toujours au PSG, Hakim Ziyech se cherche encore mais reste capable d’éclairs, Sofyan Amrabat est devenu un milieu de référence en Premier League. Walid Regragui a installé un 4-3-3 défensif et patient qui correspond parfaitement à un Mondial : peu de buts encaissés, transitions tueuses, exploitation des coups arrêtés. Si une équipe peut prendre des points au Brésil dans ce groupe, c’est le Maroc.
L’Écosse retrouve un Mondial pour la première fois depuis 1998, et ce n’est pas anodin. Steve Clarke a construit une équipe résiliente autour d’Andrew Robertson et de Scott McTominay, avec un bloc bas qui ne se laisse pas dépasser facilement. Les Écossais ne vont pas faire trembler le Brésil techniquement, mais ils sont capables de tenir un 0-0 pendant quatre-vingts minutes et de marquer sur corner à la 81e. Haïti, enfin, signe un retour historique en Coupe du Monde pour la première fois depuis 1974. C’est l’équipe la plus exotique du tirage, celle dont on connaît le moins les joueurs, et précisément pour ça la plus imprévisible. Mon pronostic : Brésil premier sans trembler, Maroc deuxième, l’Écosse joue son va-tout pour la troisième place.
Groupe D : les États-Unis à domicile, et la Turquie en trouble-fête
Les États-Unis sont chez eux. C’est la deuxième fois de leur histoire qu’ils accueillent un Mondial, après 1994, et la pression est plus forte qu’on ne le croit. Le Groupe D les met face au Paraguay, à l’Australie et à la Turquie, soit un tirage que les commentateurs américains ont jugé clément mais que je trouve, moi, plus piégeux qu’il n’y paraît. Parce que la Turquie est revenue, et qu’une Turquie en confiance, c’est une équipe qui bat n’importe qui un soir.
Les USA de Mauricio Pochettino arrivent avec une génération qui a mûri en Europe : Christian Pulisic au Milan, Weston McKennie à la Juventus, Tyler Adams à Bournemouth, Yunus Musah au Milan également. C’est techniquement la meilleure équipe américaine de l’histoire récente, et à domicile, dans des stades pleins de Hard Rock à AT&T en passant par Lincoln Financial, elle va bénéficier d’une ferveur qui peut faire la différence dans les moments serrés. Le Paraguay, qualifié sur le fil en CONMEBOL, joue avec le caractère sud-américain : agressif, malin, capable de tenir un score à n’importe quel prix.
L’Australie, elle, est l’une des bonnes surprises asiatiques de la qualification. Les Socceroos n’ont jamais été aussi physiques, aussi organisés, et leur sélectionneur a installé un 4-2-3-1 défensif qui leur a permis de prendre des points partout en AFC. Et puis il y a la Turquie, sortie du barrage UEFA Path C avec l’autorité de ceux qui ne veulent plus rater un Mondial. Arda Güler a explosé au Real Madrid, Hakan Çalhanoğlu reste l’un des meilleurs milieux d’Europe à l’Inter, et Vincenzo Montella a injecté un peu de discipline italienne dans une équipe qui en avait besoin. Mon pronostic : USA premier en jouant à domicile, Turquie deuxième, et la troisième place se joue entre Paraguay et Australie.
Groupe E : l’Allemagne en reconquête, et trois inconnues exotiques
Côte d’Ivoire, Équateur, Curaçao. Voilà ce que la FIFA a servi à l’Allemagne pour son retour à un Mondial qu’elle veut absolument réussir, après les humiliations de 2018 et 2022. Sur le papier, c’est un cadeau. Dans les faits, c’est un cadeau empoisonné, parce qu’aucun de ces trois adversaires ne ressemble aux équipes que la Mannschaft connaît par cœur en Europe. Et précisément quand une équipe doit s’adapter à des styles inconnus, elle se met en danger.
L’Allemagne de Julian Nagelsmann a entamé son chantier en 2023 et il porte ses fruits. Jamal Musiala est devenu le métronome offensif de Munich et de la sélection, Florian Wirtz a confirmé tout son potentiel à Leverkusen puis ailleurs, Kai Havertz s’est stabilisé au poste de neuf sous le maillot allemand, et derrière, Antonio Rüdiger reste l’un des défenseurs les plus rugueux d’Europe. C’est une équipe qui a retrouvé son ADN, ce qui en fait une candidate sérieuse au sacre, pas seulement à la sortie de groupe.
La Côte d’Ivoire, championne d’Afrique en titre depuis sa CAN 2024 organisée à domicile, arrive avec la confiance de ceux qui savent gagner les grands matchs. Sébastien Haller, Franck Kessié, Simon Adingra : il y a du talent, de l’expérience européenne, et un sélectionneur qui a su gérer le groupe. L’Équateur est l’éternelle bonne surprise sud-américaine, capable de tenir tête à l’Argentine et au Brésil dans les qualifications. Et Curaçao, enfin, est le conte de fées du tirage : 150 000 habitants, une qualification miraculeuse, et un Remko Bicentini qui a fédéré une diaspora caribéenne talentueuse. Pronostic : Allemagne première, Côte d’Ivoire deuxième dans un duel serré avec l’Équateur.
Groupe F : les Pays-Bas et trois nations du Nord et du Sud
Quand j’ai lu Pays-Bas, Japon, Tunisie, Suède, j’ai pensé que c’était l’un des groupes les plus équilibrés du tirage. Pas équilibré dans le sens où tout le monde peut sortir, mais équilibré dans le sens où aucun match n’est joué d’avance. L’Oranje est favorite, mais elle est favorite par un cheveu, et les trois autres équipes ont chacune une carte sérieuse à jouer.
Les Pays-Bas de Ronald Koeman arrivent dans la continuité du parcours en demi-finale du Mondial 2014 et de l’élimination en quarts au Qatar en 2022. Virgil van Dijk reste le capitaine et le défenseur de référence, Cody Gakpo s’est stabilisé à Liverpool, Jeremie Frimpong et Xavi Simons apportent de la vitesse et de l’imprévisibilité sur les ailes. C’est une équipe technique, propre, mais qui souffre toujours de ce péché néerlandais classique : briller en phase de groupes et trembler dans les matchs couperets.
Le Japon est sans doute la meilleure équipe asiatique du Mondial 2026. Sous Hajime Moriyasu, les Samurai Blue ont battu l’Allemagne et l’Espagne au Qatar en 2022, et leur effectif a encore monté d’un cran depuis. Takefusa Kubo brille à la Real Sociedad, Wataru Endo tient le milieu de Liverpool, Daichi Kamada apporte de la création offensive depuis la Bundesliga. La Tunisie, qualifiée sans frayeur en CAF, arrive avec une équipe rugueuse et un public passionné. La Suède, enfin, a profité du barrage UEFA Path B pour revenir, et avec Alexander Isak en pointe, elle dispose d’un attaquant capable de gagner un match à lui tout seul. Pronostic : Pays-Bas premier, Japon deuxième, et la Suède peut chiper la troisième place qualificative à la Tunisie.
Groupe G : la Belgique d’une génération qui s’efface
Iran, Nouvelle-Zélande, Égypte. Pour la Belgique, c’est un tirage clément, et il en avait besoin. La génération dorée des Hazard, Witsel et Kompany s’est retirée, et Domenico Tedesco a hérité d’une équipe en transition qui doit retrouver sa confiance avant de viser quoi que ce soit de sérieux. Le Groupe G ressemble à une convalescence organisée, une rampe de lancement vers le Round of 32 sans trop trembler.
Les Diables Rouges s’appuient encore sur Kevin De Bruyne, qui a passé un cap chez les vétérans mais reste capable d’éclairs de génie. Romelu Lukaku enchaîne les buts en Serie A, Jérémy Doku et Charles De Ketelaere apportent un peu de fraîcheur sur les ailes, et derrière, Wout Faes et Zeno Debast doivent prouver qu’ils peuvent tenir le rang à un Mondial. C’est une équipe qui a perdu son aura mais qui reste techniquement supérieure à ses trois adversaires.
L’Iran est l’équipe la plus expérimentée du chapeau 3, qualifiée sans difficulté en AFC. Mehdi Taremi, désormais à l’Inter, est leur principal atout offensif, et Sardar Azmoun apporte une menace supplémentaire. La Nouvelle-Zélande a profité de la qualification océanienne directement attribuée pour cette édition à 48 équipes, et c’est une équipe sympathique mais physiquement moins armée que les trois autres. L’Égypte, enfin, c’est Mohamed Salah, qui à 33 ans veut absolument vivre un Mondial digne de sa carrière. Sous Hossam Hassan, les Pharaons jouent un 4-3-3 organisé qui peut surprendre. Mon pronostic : Belgique première, Égypte deuxième dans un duel serré avec l’Iran.
Groupe H : l’Espagne championne d’Europe, et l’Uruguay en embuscade
L’Espagne a soulevé l’Euro 2024 à Berlin, et c’est en tant que championne d’Europe en titre qu’elle aborde ce Mondial 2026. Le Groupe H lui offre un premier tour théoriquement abordable, avec l’Arabie saoudite, le Cap-Vert et l’Uruguay. Mais entre théorie et terrain, il y a parfois un océan, et l’Uruguay est précisément le genre d’adversaire capable de transformer un groupe paisible en cauchemar.
La Roja de Luis de la Fuente joue le football le plus séduisant d’Europe à ce moment du calendrier. Lamine Yamal, qui aura tout juste 18 ans pendant le tournoi, est devenu une star mondiale au Barça. Nico Williams sur l’aile gauche apporte la vitesse, Pedri orchestre depuis le milieu, Rodri tient le poste de sentinelle, et Alvaro Morata reste le capitaine et le repère offensif. Sur le papier, l’Espagne est l’une des trois ou quatre vraies favorites au sacre.
L’Arabie saoudite a battu l’Argentine au Qatar en 2022, et personne n’a oublié. Sous le successeur de Hervé Renard, les Saoudiens ont conservé leur 4-1-4-1 défensif et leurs transitions rapides, avec Salem Al-Dawsari toujours en pointe de l’attaque. Le Cap-Vert, qui dispute son tout premier Mondial, est l’histoire la plus émouvante du tirage : un archipel de 500 000 habitants qui s’est qualifié à la régulière en CAF. Et l’Uruguay de Marcelo Bielsa est revenu, vieillissant mais toujours coriace, avec Federico Valverde au milieu et Darwin Núñez en pointe. Pronostic : Espagne première sans trembler, Uruguay deuxième, et le Cap-Vert peut faire des dégâts dans la course aux meilleurs troisièmes.
Groupe I : la France et le Sénégal, choc dès le premier tour
France, Sénégal, Norvège, Iraq. Pour la France, c’est un tirage exigeant. Pour la Norvège d’Erling Haaland, c’est le premier Mondial du géant blond depuis qu’il est devenu Erling Haaland. Et pour le Sénégal, c’est l’occasion de prouver que le Mondial 2018 et le Mondial 2022 n’étaient pas des accidents. Le Groupe I est, de mon point de vue, le groupe le plus stylistiquement varié du tirage.
Les Bleus de Didier Deschamps arrivent en tant que finalistes du Mondial 2022 et avec Kylian Mbappé qui a basculé du PSG au Real Madrid sans perdre une once de son aura. Autour de lui, Aurélien Tchouaméni, Eduardo Camavinga, Antoine Griezmann en faux-neuf parfois, et Mike Maignan dans les buts. C’est une équipe d’expérience, qui a appris de ses échecs et de ses sacres, et qui sait gérer une compétition dans la durée. La France part candidate au sacre, comme à chaque Mondial depuis 2018.
Le Sénégal de Pape Thiaw arrive avec Sadio Mané toujours en moteur offensif, Édouard Mendy dans les buts, Kalidou Koulibaly en patron de la défense. Les Lions de la Téranga ne sont plus la surprise qu’ils étaient en 2002 ou en 2018, ils sont devenus un cadre africain installé. La Norvège, enfin, dispute son premier Mondial depuis 1998. Erling Haaland est le buteur le plus efficace d’Europe, Martin Ødegaard est le capitaine et le créateur, et le sélectionneur Stale Solbakken a construit une équipe pragmatique autour de ces deux phares. La quatrième équipe, l’Iraq, a décroché sa place via le barrage intercontinental après quarante ans d’absence au Mondial — un retour historique qui colore le Groupe I d’une intensité particulière. Pronostic : France première, Sénégal et Norvège se disputent la deuxième place, et l’un des deux peut très bien sortir en meilleur troisième.
Groupe J : l’Argentine sans Messi ou avec Messi, vraie question
Algérie, Autriche, Jordanie. Pour l’Argentine tenante du titre, c’est un groupe abordable mais piégeux. La grande question, qui plane sur tout le Groupe J, c’est celle de Lionel Messi. À 39 ans, sera-t-il là ? Lionel Scaloni a confirmé qu’il garderait sa place tant qu’il serait apte, et Messi a confirmé qu’il voulait y être. Mais à 39 ans, le corps a son mot à dire, et l’Argentine prépare l’après en parallèle.
L’Albiceleste a vieilli en gagnant le Mondial 2022, ce qui est une chance et un piège. Une chance, parce que cette équipe sait gagner les grands matchs, sait gérer les fins de tournois, sait fermer un score. Un piège, parce que les jambes de Di María, Otamendi et Acuña ont trois ans de plus, et que la relève n’est pas aussi évidente qu’on l’imaginait. Julián Álvarez confirme à chaque match son statut de successeur naturel à la pointe, Alexis Mac Allister est devenu un milieu de référence à Liverpool, et Enzo Fernández porte le brassard de l’avenir.
L’Algérie est revenue après avoir manqué le Mondial 2022, et les Fennecs jouent avec le ressentiment de l’absence. Riyad Mahrez est toujours le leader technique, Ismaël Bennacer le métronome au milieu, et le sélectionneur Vladimir Petković, ancien sélectionneur de la Suisse d’ailleurs, a remis de l’ordre dans une équipe qui en manquait. L’Autriche, qualifiée sous les ordres de Ralf Rangnick, est l’une des bonnes surprises européennes : David Alaba, Marcel Sabitzer, Konrad Laimer, c’est une équipe qui presse haut et qui peut faire mal aux meilleurs. Pronostic : Argentine première, Autriche deuxième dans un duel serré avec l’Algérie.
Groupe K : le Portugal, la Colombie et un duel Asie-Afrique en embuscade
Le Groupe K réunit quatre profils très différents : le Portugal en tête de série, la Colombie venue d’Amérique du Sud, l’Ouzbékistan qui découvre le Mondial, et la République démocratique du Congo, qui a décroché sa place via le barrage intercontinental disputé fin mars 2026. Quatre confédérations représentées dans un même groupe : c’est une mosaïque rare et qui rend l’analyse passionnante.
La Colombie de Néstor Lorenzo a confirmé qu’elle était redevenue une équipe sérieuse avec sa finale de Copa América 2024 perdue contre l’Argentine. James Rodríguez, à 34 ans, a retrouvé un rôle de meneur de jeu rodé. Luis Díaz brille à Liverpool, Daniel Muñoz à Crystal Palace, et derrière, Davinson Sánchez tient toujours la défense centrale. C’est une équipe sud-américaine équilibrée, qui sait alterner possession et transition, et qui visera la première ou la deuxième place du groupe. Le Portugal de Roberto Martínez, lui, reste une candidate de premier plan portée par Cristiano Ronaldo, Bruno Fernandes et la relève Rafael Leão.
L’Ouzbékistan signe sa toute première qualification à un Mondial, et c’est une nouveauté absolue pour la confédération asiatique. Sous le sélectionneur Timur Kapadze, les Ouzbeks ont posé un jeu solide en AFC, sans star planétaire mais avec une vraie discipline collective. Eldor Shomurodov, qui joue en Italie, est leur principal atout offensif. La RD Congo, victorieuse de la Jamaïque dans la finale du barrage intercontinental, complète le groupe avec une équipe physique et bien organisée autour d’Axel Tuanzebe et de ses cadres évoluant en Europe. Mon pronostic provisoire : Portugal et Colombie se disputent les deux premières places, Ouzbékistan et RD Congo joueront la troisième place qualificative.
Groupe L : l’Angleterre, la Croatie, le Ghana et le Panama
Le Groupe L réunit l’Angleterre en tête de série, la Croatie qui revient avec son expérience de finaliste 2018 et demi-finaliste 2022, le Ghana qui apporte la voix africaine, et le Panama qui complète le tableau. Pour les Three Lions, c’est un tirage qui leur évite les épouvantails du chapeau 2 mais qui contient un sérieux outsider européen sous la forme de la Croatie de Luka Modrić.
L’Angleterre de Thomas Tuchel arrive avec un effectif XXL et une attente collective qui frôle la pression d’un pays qui n’a plus rien gagné depuis 1966. Jude Bellingham est devenu le visage du football anglais au Real Madrid, Bukayo Saka enchaîne les saisons monstrueuses à Arsenal, Phil Foden brille à City, et Harry Kane, désormais au Bayern, reste le buteur de référence. C’est une équipe qui a tout pour gagner un Mondial, sauf peut-être la conviction historique de savoir le faire. Tuchel, lui, a apporté une rigueur tactique qui manquait à ses prédécesseurs.
Le Ghana retrouve un Mondial après avoir manqué celui de 2018. Les Black Stars s’appuient sur Mohammed Kudus, devenu une star à Tottenham, sur Thomas Partey au milieu, et sur la nouvelle génération formée par les clubs européens. C’est une équipe technique mais inconstante, capable du meilleur comme du pire. Pour les barrages, on attend deux candidats venus d’horizons variés. Mon pronostic : Angleterre première sans trembler, Ghana deuxième s’il maintient son niveau, et la troisième place dépendra du tirage des barrages. Pour mieux comprendre comment ce nouveau format à 48 équipes redessine tous les calculs, je vous renvoie à mon analyse détaillée du format à 48 équipes du Mondial 2026.
Les huit meilleurs troisièmes, ou le mécanisme qui change tout

C’est la nouveauté la plus mal comprise de ce Mondial 2026, et c’est aussi celle qui change l’équilibre de tous les groupes. Avec douze poules de quatre, le compte n’est pas rond : 12 premiers et 12 deuxièmes, ça fait 24 qualifiés directs, mais le Round of 32 a besoin de 32 équipes. Il en manque huit. Et ces huit équipes seront les huit meilleurs troisièmes des douze groupes. C’est simple à dire, beaucoup plus subtil à comprendre dans ses conséquences.
Le classement des troisièmes se fait selon les critères classiques : points marqués en phase de groupes d’abord, différence de buts ensuite, buts marqués, comportement disciplinaire, et enfin tirage au sort si égalité parfaite. Concrètement, finir troisième avec 4 points et une différence de +1 vous qualifie probablement, tandis que finir troisième avec 3 points et une différence de -2 vous condamne presque certainement à rentrer à la maison. Le seuil estimé par les modèles statistiques tourne autour de 3 à 4 points pour entrer dans le top 8 des troisièmes.
Pour les équipes du chapeau 4 et du chapeau 3, ça change radicalement la donne. Une équipe comme la Bosnie-Herzégovine dans le Groupe B sait que finir troisième avec une victoire et un nul peut suffire à se qualifier. Pour les têtes de série, ça veut dire qu’un faux pas n’est pas forcément fatal : finir deuxième reste largement préférable, mais finir troisième n’est plus la fin du voyage. Et pour les analystes comme moi, ça complexifie sérieusement les pronostics, parce qu’il faut désormais suivre douze classements en parallèle pour prédire qui s’affrontera en Round of 32.
Le revers de la médaille, c’est que le Round of 32 introduit un tour supplémentaire de plus dans le tableau final. Les vainqueurs de groupe et certains deuxièmes affronteront des troisièmes en huitièmes au sens nouveau, ce qui peut créer des affiches déséquilibrées dès le premier tour à élimination directe. Une équipe qui termine première de son groupe avec 9 points peut tomber sur un troisième péniblement qualifié avec 3 points : sur le papier, c’est un cadeau ; dans les faits, les troisièmes qui passent ont souvent un état d’esprit de revanchards qui peut tout changer. Si vous voulez creuser les conséquences sur le tableau final, allez voir mon récit de la route vers la finale du Mondial 2026.
Qui sortira, qui tombera, et ce que les douze groupes nous disent déjà
Si je devais résumer ces douze groupes en une phrase, je dirais que la hiérarchie des grandes nations est respectée mais que les marges sont minces. Aucun grand favori n’a hérité d’un groupe de la mort, mais aucun n’a non plus reçu un cadeau total. Et comme le mécanisme des huit meilleurs troisièmes change l’équilibre, j’attends que ce Mondial produise plusieurs sensations dès la phase de groupes, probablement deux ou trois équipes du chapeau 4 qui passeront en troisième position, et probablement aussi une ou deux têtes de série qui trembleront jusqu’à la dernière journée. Mes coups de cœur personnels pour la sortie surprise sont le Cap-Vert et l’Ouzbékistan, parce que ces deux nations vivent leur tout premier Mondial et qu’elles n’ont absolument rien à perdre. Quant à la Suisse, je le redis : elle a tout pour sortir deuxième, et c’est exactement le type de tirage qui peut emmener la Nati en quart de finale si la suite du Round of 32 nous est favorable. Pour aller plus loin sur les scénarios romands, je vous renvoie à tous les scénarios de huitièmes pour la Nati.

Questions fréquentes
Combien de groupes y a-t-il au Mondial 2026 et combien d"équipes par groupe ?
Le Mondial 2026 compte douze groupes de quatre équipes, soit 48 nations au total. Chaque groupe joue six matchs en phase de groupes, et les deux premiers de chaque poule sont qualifiés directement pour le Round of 32, auxquels s"ajoutent les huit meilleurs troisièmes.
Quels sont les pays du Groupe B avec la Suisse au Mondial 2026 ?
La Suisse partage le Groupe B avec le Canada, qui en est tête de série en tant que pays-hôte, le Qatar et la Bosnie-Herzégovine. Les trois matchs de la Nati sont programmés à 21h00 heure suisse les 13, 18 et 24 juin 2026.
Comment fonctionnent les huit meilleurs troisièmes au Mondial 2026 ?
Avec douze groupes, les 24 premiers et deuxièmes ne suffisent pas à remplir les 32 places du Round of 32. Les huit meilleurs troisièmes des douze poules complètent le tableau, classés selon les points marqués, la différence de buts, les buts marqués et le comportement disciplinaire.
Quels groupes contiennent encore des emplacements de barrage à pourvoir ?
Au moment du tirage initial du 5 décembre 2025, plusieurs groupes contenaient encore des places réservées aux barrages UEFA et intercontinentaux. Les groupes I, J, K et L ont attendu les vainqueurs de barrages disputés en mars 2026 pour connaître la composition complète de leur poule.
