Une nuit de couperet : le Maroc sort le Canada, la France s’arrache
Il y a des soirs où le football rappelle qu’il n’est tendre avec personne, pas même avec ceux qui reçoivent. Cette nuit-là, un pays hôte a quitté son propre Mondial sous les yeux de ses supporters, tandis qu’un favori a dû suer sang et eau pour arracher un maigre but. Deux qualifiés pour les quarts, deux histoires opposées — et, en toile de fond, un record qui se rapproche à pas de loup. Depuis la Romandie, désormais concentrée sur sa propre Nati, on a suivi tout cela d’un œil devenu presque neutre. Presque.

Le Maroc démolit le pays hôte
Le résultat de la nuit porte un score net : 3-0. Le Maroc a écarté le Canada avec une autorité qui ne souffre aucune contestation. Azzedine Ounahi a frappé deux fois, à la cinquantième puis à la quatre-vingt-deuxième minute, avant que Soufiane Rahimi ne scelle l’affaire dans le temps additionnel. Sous la houlette de Mohamed Ouahbi, arrivé en mars sur le banc à la place de Walid Regragui, cette équipe marocaine joue avec un mélange rare de culot et de maîtrise.
Ce n’est pas un feu de paille. Après le parcours héroïque de 2022, les Lions de l’Atlas atteignent un deuxième quart de finale de Coupe du monde consécutif — une régularité qui les installe définitivement à la table des grands. Le marché ne s’y trompe pas : leur cote de sacre, longtemps lointaine, s’est resserrée autour de vingt-six à trente et un après cette qualification.
Le crève-cœur d’un pays hôte
Pour le Canada, en revanche, la fête s’arrête au huitième, à domicile. C’est un scénario cruel : porter un Mondial sur ses épaules, y croire, puis voir le rideau tomber devant son propre public. Nous, en Suisse, avons une raison particulière d’y être sensibles — la Nati a croisé ce Canada lors de la phase de groupes, et l’on sait le talent qui habitait cette sélection. Il y a toujours quelque chose de poignant à voir un hôte quitter la scène trop tôt ; le rêve d’un été entier s’éteint en nonante minutes.
La France s’arrache face au Paraguay
Dans l’autre affiche, la France a fait le travail, mais sans le moindre panache. Un but a suffi, signé Kylian Mbappé sur penalty peu après l’heure de jeu, après un recours à l’assistance vidéo. Face à un Paraguay arc-bouté sur sa défense, dans une chaleur étouffante de près de trente-huit degrés à Philadelphie, les Bleus ont buté longtemps sur le mur adverse avant de forcer le verrou.
Didier Deschamps a résumé la soirée avec sa lucidité coutumière : « We have attacking quality, but any team will find things complicated against such a low block. » (Nous avons de la qualité offensive, mais toute équipe se complique la vie face à un bloc aussi bas.) Qu’importe la manière : la France file vers son quatrième quart de finale de rang, preuve d’une constance qui force le respect.
Le penalty qui rapproche Mbappé d’un record
Ce penalty n’était pas qu’un but de plus. C’était le dix-neuvième de Mbappé en Coupe du monde, celui qui le place à une seule longueur du record absolu détenu par Lionel Messi, vingt buts. Le duel entre les deux hommes pour le Soulier d’or n’a jamais été aussi brûlant — nous y consacrons un récit à part, le duel Mbappé-Messi pour le Soulier d’or, tant l’enjeu dépasse le simple classement des buteurs.
Le quart est déjà écrit
Comme les deux vainqueurs de la nuit se retrouvent dans la même moitié de tableau, l’affiche du premier quart de finale est d’ores et déjà connue : Maroc-France, le 9 juillet à Foxborough. Le favori du tournoi, dont la cote a glissé autour de 2,70 après sa qualification, contre l’équipe qui a fait chavirer le monde en 2022. Un choc de styles et d’histoires, à savourer d’avance. Le reste du tableau, lui, se dessine encore jour après jour ; notre pronostic pour le vainqueur du Mondial suit ces recompositions au fil des tours.
Cette nuit encore, le tournoi continue : place à Brésil-Norvège et à Mexique-Angleterre, deux affiches que nous passons au crible dans nos pronostics du 5 juillet.
