Deux invaincues, un billet : la Nati défie la Colombie
Il y a des tournois qui ressemblent à un rêve dont on n’ose pas parler trop fort, de peur de le réveiller. Celui de la Nati en est un. Personne, à Lausanne comme à Genève, n’avait osé écrire ce scénario sur un coin de nappe au mois de mai : la Suisse dans le dernier carré des huitièmes, invaincue, avec la plus longue série victorieuse de son histoire en Coupe du monde. Et pourtant, mardi soir, elle y sera — à Vancouver, une ville qui commence à ressembler à une seconde maison, face à une Colombie qui n’a pas perdu non plus. Deux invaincues, un seul billet pour les quarts.

Un parcours que personne n’avait écrit
Reprenons le fil, parce qu’il vaut la peine d’être raconté. Vainqueure du Groupe B avec sept points et une différence de buts de plus quatre, la Suisse a ensuite passé l’Algérie sans trembler outre mesure en seizième de finale, un 2-0 propre et maîtrisé qui a validé le statut acquis au premier tour. Depuis le début du tournoi, la sélection n’a plus perdu — mieux, elle a signé les trois premières victoires consécutives de son histoire en phase finale de Coupe du monde. Ce n’est pas un détail de statisticien : c’est la trace d’une équipe qui a trouvé un équilibre, une confiance, une manière d’être ensemble.
Breel Embolo incarne cette montée en puissance, avec deux buts et le plus haut volume de menace de la sélection. Autour de lui, Dan Ndoye multiplie les tentatives — quinze tirs à lui seul, un record d’équipe qui dit la générosité de son abattage. Et puis il y a le capitaine, Granit Xhaka, métronome et boussole, celui vers qui les regards se tournent quand la nuit se fait longue. Pour revivre le point de départ de cette aventure, notre récit sur la première place de la Suisse dans le Groupe B raconte l’élan initial.
La Colombie, l’autre invaincue
Ne nous racontons pas d’histoires : l’adversaire est du même bois. La Colombie aborde ce huitième sans la moindre défaite, portée par un Jhon Arias étincelant — meilleur buteur des siens avec trois réalisations, dont l’unique but qui a suffi à écarter le Ghana au tour précédent, inscrit dès la quatorzième minute. C’est une équipe qui défend haut, qui presse, qui joue avec le culot des sélections qui se sentent pousser des ailes. Les modèles statistiques ne s’y trompent pas : ils accordent à la Colombie une courte préférence, autour de cinquante-deux pour cent, faisant de ce match le plus serré de tout le tour.
Un point pourrait peser dans la balance : Arias et Richard Ríos avancent tous deux avec un carton jaune en poche. Une nouvelle biscotte, et ils manqueraient un éventuel quart de finale. De quoi, peut-être, tempérer l’agressivité colombienne dans les duels — ou pas. Dans un match couperet, ces calculs s’effacent souvent dès le coup d’envoi.
Ce que disent les cotes
Le marché voit ce que voient les modèles : une Colombie très légèrement favorite. Un succès colombien est proposé à une cote de 2,20, le nul à 3,20, et une victoire de la Nati à 3,45 (cotes décimales, cotes d’ouverture relevées début juillet). Autrement dit, le bookmaker ne creuse pas d’écart : c’est un vrai cinquante-cinquante, avec un soupçon d’avantage sud-américain. Pour la Suisse, l’outsider n’est pas un gros mot — c’est un costume qu’elle a déjà porté avec succès dans ce tournoi.
BC Place, presque une maison
Il y a, dans ce tirage, une douceur cachée. C’est encore à Vancouver, sur la pelouse du BC Place, que tout va se jouer — le même stade où la Suisse a déjà évolué au premier tour et lors du seizième contre l’Algérie. Son toit fixe met la rencontre à l’abri des caprices du ciel et des fournaises qui menacent d’autres affiches du tour ; l’air y est sec, la température maîtrisée. Ce n’est pas un avantage décisif, mais dans un tournoi où les décalages horaires et les climats extrêmes usent les organismes, connaître les lieux vaut quelques précieux repères. Notre page sur le BC Place de Vancouver revient sur ce théâtre devenu familier du parcours suisse.
L’heure, enfin clémente
Et pour une fois, bonne nouvelle pour les yeux fatigués de la Romandie : après le supplice des cinq heures du matin contre l’Algérie, ce huitième se disputera à vingt-deux heures, heure suisse. Une heure de raison, une heure où l’on peut réunir la famille, les amis, ouvrir le frigo et vivre le match du début à la fin sans se battre contre le sommeil. La Nati nous a habitués à ces rendez-vous nocturnes ; celui-ci, au moins, se savoure éveillé.
Le couperet, et le rêve d’après
Alors, la Suisse peut-elle passer ? Rien ne l’interdit. Elle n’est pas favorite — sa cote lointaine sur le marché du vainqueur final le rappelle sans détour — mais elle a déjà transformé plusieurs pronostics en confettis. Face à une Colombie de son niveau, tout se jouera sur des détails : un coup de génie de Xhaka, un exploit d’Embolo, un arrêt salvateur au bon moment. Pour prolonger la réflexion sans rien inventer, nos scénarios pour la Nati en phase à élimination directe esquissent les suites possibles. Une chose est sûre : mardi soir, la Romandie retiendra son souffle.
