Messi : huit buts, un Ballon d’argent, et le silence de la fin
Il restait quelques minutes de protocole. Les joueurs espagnols s’étaient rangés en haie d’honneur pour laisser passer les vice-champions du monde, et Lionel Messi a remonté ce couloir en larmes, une médaille d’argent qu’il n’a pas regardée autour du cou. Il a 39 ans. Selon toute vraisemblance, on ne le reverra plus sur une pelouse de Coupe du monde. C’est sur cette image, et non sur un but, que se referme la carrière mondiale du joueur le plus décoré de son époque.

Huit buts, quatre passes, et deux marches trop haut
Le tournoi de Messi n’a rien eu d’un adieu poli. Huit buts, quatre passes décisives, une implication sur un but à chaque tour du parcours à élimination directe, et une Argentine portée jusqu’à la finale par un chemin qui n’a jamais été confortable : prolongation contre le Cap-Vert, remontée de 0-2 contre l’Égypte, prolongation encore contre la Suisse, puis une demi-finale gagnée d’un but contre l’Angleterre. En finale, il n’a pas marqué. Il repart avec le Ballon d’argent — deuxième meilleur joueur du tournoi, derrière Rodri, un adversaire de dimanche.
Le record qui lui échappe sur le fil
Il a détenu, pendant ce tournoi, le record de buts en Coupe du monde. Il en sort dépossédé. En marquant deux fois dans la petite finale, Kylian Mbappé a porté son total à 22 buts en phase finale, contre 21 pour Messi : le record change de mains, et il change de mains dans un match auquel l’Argentin ne participait pas. Détail cruel : une seule réalisation dimanche aurait suffi à recoller. Le marché du Ballon d’or, qui le voyait vainqueur à 1,11, n’a pas mieux vieilli — c’est le seul grand pari du tournoi que le favori a perdu, comme le détaille notre page sur les trophées individuels du Mondial 2026.
Ce qu’il emporte quand même
La comptabilité, pourtant, reste largement en sa faveur. Messi conserve, selon ESPN, le record du nombre de matchs disputés en phase finale de Coupe du monde — trente-quatre rencontres à ce jour, celui du nombre de minutes jouées, et surtout celui des passes décisives en Coupe du monde, douze au total, devant les dix de Pelé. Un record de carrière à ne pas confondre avec celui qu’a établi cette année Michael Olise, sept passes sur une seule édition. Quatre ans après avoir soulevé le trophée en 2022, il repart cette fois avec la médaille d’argent.
L’Argentine, la haie d’honneur et le reste
La sélection albiceleste manque le doublé : personne n’a conservé le trophée depuis le Brésil de 1958 et 1962, et ce ne sera pas encore pour cette fois. Le dernier acte a été rugueux. Enzo Fernández expulsé au bout du temps additionnel, une bousculade générale après le coup de sifflet au cours de laquelle Leandro Paredes a saisi Eric García à la gorge, et des Argentins largement critiqués pour s’être détournés pendant que l’Espagne soulevait le trophée. Messi, lui, a choisi la sobriété : « I feel sad, but I am aware that we played our hearts out » (« Je suis triste, mais je sais que nous avons tout donné »), puis : « They were better, to be honest. We lost the game, and we accept that » (« Ils ont été meilleurs, honnêtement. Nous avons perdu le match, et nous l’acceptons »).
La Romandie l’a croisé de près, le 11 juillet
Pour le public suisse, cette finale avait un goût particulier. C’est cette Argentine, et ce Messi, qui avaient éliminé la Nati en quart de finale à Kansas City, 3-1 après prolongation. Onze jours plus tard, la même équipe s’inclinait à son tour. On peut y voir une consolation ou une injustice supplémentaire ; on peut aussi simplement se dire que la Suisse est sortie contre le finaliste du tournoi, ce qui n’était jamais arrivé — le bilan complet est dans notre page sur l’élimination de la Nati.
Décembre 2007 : Messi donnait le bain à son adversaire de dimanche
Il y a une photo qui a beaucoup circulé pendant cette Coupe du monde, et elle est authentique. En décembre 2007, un Messi de vingt ans participait à un calendrier de bienfaisance de la Fondation FC Barcelone avec l’UNICEF et le quotidien Sport : on l’y voit donner le bain à un nourrisson d’environ cinq mois. Le bébé s’appelait Lamine Yamal. Dix-neuf ans plus tard, ils se retrouvaient sur la pelouse du MetLife, l’un pour sa dernière finale mondiale, l’autre pour sa première. Le football écrit rarement des transitions aussi nettes.
Et maintenant ?
Son sélectionneur, lui, ne cherchait pas la nuance : « He’s 39 years old, it’s an incredible thing. … In my opinion, he’s the best footballer to ever step onto a football pitch », disait Lionel Scaloni après la défaite (« Il a 39 ans, c’est une chose incroyable. … À mon avis, c’est le meilleur footballeur qui ait jamais foulé un terrain »). Scaloni reste en poste ; l’avenir international de son capitaine, lui, est ouvertement posé. Le portrait de cette Argentine tenante du titre reste disponible sur notre page Argentine, tenante du titre.
À lire aussi : le récit de la finale Espagne-Argentine, le palmarès individuel du tournoi et le bilan chiffré du premier Mondial à 48.
