Angleterre-Argentine : la vieille rivalité rallume ses braises
Certaines affiches n’ont pas besoin d’être vendues. Angleterre-Argentine en fait partie. Quand les deux nations se retrouveront le mercredi 15 juillet au Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta, ce sera leur première rencontre en Coupe du monde depuis 2002 — et derrière ce chiffre se cache un demi-siècle de blessures et de légendes. La « main de Dieu » et le « but du siècle » de Maradona en 1986. Le carton rouge de David Beckham et l’élimination aux tirs au but en 1998. Et enfin la revanche anglaise de 2002, ce penalty de Beckham (un à zéro) qui reste le dernier chapitre en date. Vingt-trois ans plus tard, l’histoire réclame une suite.

Ce que disent les cotes
C’est le duel le plus serré des demi-finales, et le marché le confirme. L’Angleterre est donnée à 2,60, le nul à 2,90, l’Argentine à 3,10 (cotes décimales, 13 juillet au matin) — un éventail resserré qui traduit l’incertitude. Sur le marché du vainqueur du tournoi, la victoire de l’Angleterre en quart a fait fondre sa cote, passée d’environ 5,60-6,54 à une fourchette de 4,10 à 5,90 selon les books ; l’Argentine, elle, reste stable autour de 5,00-5,20. Deux prétendants au coude-à-coude, à égale distance de la France favorite.
L’Angleterre de Tuchel, solide mais amputée
Les Three Lions de Thomas Tuchel visent leur première finale de Coupe du monde depuis 1966 — soixante ans d’attente. Leur parcours est celui d’une équipe robuste : invaincue, quatre victoires et un nul en phase à élimination directe, avec un Harry Kane à six buts et un Jude Bellingham revenu en pleine lumière grâce à son doublé décisif contre la Norvège.
Bonne nouvelle pour Tuchel : la remise à zéro des cartons jaunes après les quarts a levé toutes les menaces de suspension qui pesaient sur son milieu — Bellingham, Rice, Guéhi et O’Reilly sont tous disponibles. Une ombre demeure toutefois : Jarell Quansah, expulsé contre le Mexique, purge le dernier match de sa suspension et manquera ce rendez-vous. Declan Rice, victime d’un virus contre la Norvège, et Ezri Konsa, touché à l’ischio-jambier, sont attendus de retour. Jordan Henderson, opéré du poignet, reste forfait.
L’Argentine de Messi, championne sur le fil
En face, les champions du monde avancent au bord du précipice — mais avancent. L’Argentine a dû s’employer pour venir à bout de la Suisse (trois à un après prolongation), comme elle l’avait déjà fait au tour précédent contre le Cap-Vert (trois à deux après prolongation en seizièmes). Deux prolongations en trois matchs à élimination directe : soixante minutes de plus dans les jambes, un capital fraîcheur entamé à l’approche du dernier carré. Mais l’Albiceleste a Messi. Le capitaine, trente-neuf ans, huit buts dans le tournoi et vingt et une réalisations en Coupe du monde — record absolu — a marqué ou délivré une passe décisive à chaque match de la phase à élimination directe. L’Argentine vise à devenir la troisième nation seulement à conserver son titre mondial, après l’Italie (1934-1938) et le Brésil (1958-1962).
Le duel dans le duel : Harry Kane n’a jamais marqué contre l’Argentine, et Messi n’a jamais affronté l’Angleterre en match officiel. « It’s special to face the big national teams. I’ve never had the chance to play against England » (C’est spécial d’affronter les grandes sélections. Je n’ai jamais eu la chance de jouer contre l’Angleterre), a confié Messi après la victoire contre la Suisse. L’Angleterre, elle, s’inspirera du plan de bataille suisse en quart — Messi n’a cadré qu’une frappe en cent vingt minutes face au bloc compact de la Nati.
Le facteur météo à Atlanta
À Atlanta, la prévision annonce un ciel partiellement ensoleillé, un thermomètre autour de trente degrés et surtout un risque élevé d’averses orageuses — soixante pour cent, potentiellement sur toute la fenêtre du match. Mais comme à Dallas, le Mercedes-Benz Stadium dispose d’un toit rétractable, généralement fermé pour les grands événements. Les conditions de jeu devraient donc rester maîtrisées, à l’abri des caprices du ciel géorgien.
Mon pronostic — le cœur dit Messi, la raison hésite
Voilà la demi-finale la plus indécise du carré final. L’Angleterre est plus fraîche, plus solide défensivement, portée par un Bellingham retrouvé ; l’Argentine est plus fatiguée mais possède l’arme absolue, ce numéro dix qui transforme les impasses en fulgurances. À 3,10, l’Argentine offre une valeur intéressante pour qui croit au génie de Messi ; à 2,60, l’Angleterre récompense la régularité. Dans le doute, un match serré appelle un pari prudent sur le nul à 2,90, synonyme de prolongation. Notre tableau des demi-finales situe l’affiche dans le bracket, et notre profil de l’Argentine, tenante du titre retrace le chemin des champions.
