France-Espagne : la finale avant la finale
Il y a des demi-finales qui pèsent plus lourd qu’une finale. Celle-ci en fait partie. Quand la France et l’Espagne se retrouveront le mardi 14 juillet sur la pelouse de l’AT&T Stadium d’Arlington, aux portes de Dallas, ce ne sera que la deuxième fois de l’histoire que ces deux monstres du football européen s’affrontent en Coupe du monde. La première remonte au huitième de finale de 2006, ce soir où Zinédine Zidane avait scellé une victoire française trois buts à un d’un but en solo en fin de match. Vingt ans plus tard, les héritiers reprennent le fil. Le sélectionneur espagnol Luis de la Fuente a trouvé la formule : c’est, dit-il, « a final before the final » (une finale avant la finale).

Ce que disent les cotes
Le marché tranche en faveur des Bleus, mais sans excès. Une victoire française dans le temps réglementaire est cotée à 2,35, le nul à 3,20, un succès espagnol également autour de 3,20 (cotes décimales, 13 juillet au matin). Sur le marché de la qualification, la France est encore plus nettement favorite. Rien d’étonnant : les hommes de Didier Deschamps sont l’équipe la plus complète du tournoi, avec six victoires en six matchs, seize buts marqués et deux seulement encaissés — le meilleur ratio de la compétition, et trois clean sheets d’affilée dans la phase à élimination directe.
La France, machine tranquille de Deschamps
Didier Deschamps s’apprête à vivre un moment d’histoire personnelle : cette rencontre sera son vingt-sixième match sur un banc en phase finale de Coupe du monde, un record qui dépasse celui de l’Allemand Helmut Schön. Sa France avance sans bruit et sans faute, portée par un Kylian Mbappé à huit buts — co-leader du Soulier d’or — et un Michael Olise étincelant, meilleur passeur du tournoi avec six offrandes.
Tout n’est pourtant pas parfait à l’infirmerie. Mbappé traîne une alerte à la cheville, contractée contre le Maroc, mais s’est dit « completely fine » (parfaitement remis) et devrait débuter. Aurélien Tchouaméni, en revanche, est un doute sérieux — une gêne à la cuisse depuis le début du mois, qui lui a déjà coûté deux matchs. Manu Koné, ménagé contre le Maroc, devrait être disponible. La composition probable des Bleus, en 4-2-3-1 : Maignan ; Koundé, Upamecano, Saliba, Digne ; Koné, Rabiot ; Dembélé, Olise, Doué ; Mbappé.
L’Espagne, l’invincible qui chasse un record
En face, une Espagne qui refuse de perdre — littéralement. La Roja reste sur trente-six matchs sans défaite, à une petite longueur du record absolu de trente-sept détenu par l’Argentine. Championne d’Europe en titre, elle n’a perdu qu’un seul de ses vingt-sept derniers matchs de grand tournoi depuis 2018. Son quart de finale contre la Belgique (deux à un, but de Merino à la 88e) lui a néanmoins coûté son invincibilité défensive : premier but encaissé du tournoi.
De la Fuente devra composer avec quelques incertitudes. Yéremy Pino, un temps annoncé avec une fracture de la clavicule, souffre en réalité d’une entorse de l’articulation acromio-claviculaire et est déclaré apte. Nico Williams (cuisse) et Víctor Muñoz (mollet) restent des doutes mineurs. La composition probable espagnole, en 4-2-3-1 : Simón ; Porro, Cubarsí, Laporte, Cucurella ; Rodri, Fabián ; Yamal, Olmo, Baena ; Oyarzabal. Un onze où brille la jeunesse insolente de Lamine Yamal, l’homme que toute la planète attend.
Le facteur météo — et le toit qui change tout
À Arlington, le thermomètre extérieur devrait frôler les trente-deux degrés, avec un indice de chaleur proche de trente-six et un risque d’averses orageuses estimé à quarante pour cent en fin de journée. Mais l’AT&T Stadium possède un toit rétractable : en plein été texan, il est presque toujours fermé, climatisation à l’appui. Les vingt-deux acteurs évolueront donc, selon toute vraisemblance, dans une bulle tempérée — un détail qui pourrait favoriser le jeu léché des deux équipes plutôt qu’un combat d’usure.
Mon pronostic — la tête penche, le cœur hésite
Sur le papier, la France a tout : la profondeur d’effectif, l’expérience de ces rendez-vous, la meilleure défense et le meilleur buteur. À 2,35, elle reste un favori raisonnable, pas un rouleau compresseur. Mais l’Espagne a cette capacité rare à ne jamais rompre, et un Yamal en état de grâce peut faire basculer n’importe quelle soirée. Pour l’amateur d’angles, le nul à 3,20 — synonyme de prolongation dans un match aussi équilibré — a du sens. Notre tableau des demi-finales replace ce choc dans le grand tableau, et notre profil de l’équipe de France, favorite du Mondial éclaire le parcours des Bleus.
