Le premier Mondial à 48 : 104 matchs, 308 buts, et une autre échelle
Le 11 juin, quand le tournoi s’est ouvert, personne ne savait vraiment à quoi ressemblerait une Coupe du monde à quarante-huit équipes. Trop longue, disaient les uns ; diluée, prévenaient les autres. Cinq semaines et cent quatre matchs plus tard, l’Espagne soulevait le trophée au MetLife Stadium et le tournoi refermait un chapitre qui a battu à peu près tous les records dont on disposait. Voici ce que laisse derrière lui le premier Mondial du nouveau format, joué à cheval sur trois pays.

308 buts : l’édition la plus prolifique jamais jouée
Le chiffre brut d’abord : 308 buts en 104 matchs, soit une moyenne de 2,96 buts par rencontre. Aucune édition n’avait jamais autant fait trembler les filets, ce qui s’explique en partie par le format — davantage de matchs, et une phase de groupes élargie qui met en présence des sélections d’écarts de niveau plus marqués. La moyenne par match, elle, reste dans les eaux habituelles du tournoi : c’est le volume qui a changé, pas la nature du jeu. Notre page sur le format à 48 équipes détaille la mécanique de cette réforme.
Près de 6,9 millions de spectateurs dans les stades
L’autre record est encore plus net. 6 810 966 spectateurs ont franchi les tourniquets sur l’ensemble du tournoi, pour une moyenne de 65 490 personnes par match : environ le double du précédent record, établi lors du Mondial américain de 1994 et resté longtemps hors d’atteinte. Le tournoi a été le plus grand rassemblement de l’histoire du football, et il l’a été dans trois pays à la fois — une première.
Le match qu’on racontera : Angleterre 6-4 France
Si une rencontre doit survivre au tri de la mémoire, ce sera la petite finale du 18 juillet. L’Angleterre a battu la France 6-4 pour le bronze, dix buts dans un seul match de Coupe du monde : on n’avait plus vu cela depuis 1982. Ce jour-là, l’Angleterre a signé son meilleur classement depuis son titre de 1966, et la France a perdu le dernier match de Didier Deschamps sur le banc, après quatorze ans de mandat. Le portrait des deux sélections reste sur nos pages Angleterre et France.
Les records individuels qui restent
Kylian Mbappé quitte le tournoi avec 22 buts en phase finale de Coupe du monde, nouveau record absolu, et devient le premier joueur à remporter le Soulier d’or lors de deux éditions successives. Michael Olise a délivré sept passes décisives sur une seule Coupe du monde, une marque inédite qui efface celle de Pelé. Unai Simón a tenu 650 minutes consécutives sans encaisser en Coupe du monde, effaçant les 517 de Walter Zenga. Et l’Espagne repart avec le bilan défensif le plus étonnant de l’histoire des vainqueurs : un seul but concédé en huit matchs, sept clean sheets, et une série d’invincibilité portée à trente-huit rencontres. Le 3000e but de l’histoire de la compétition, lui, a été inscrit pendant ce tournoi, par l’Argentin Enzo Fernández.
Le format à 48, vu de Suisse
C’est peut-être là que le bilan devient le plus intéressant pour le public romand. Le grief principal fait au nouveau format — trop d’équipes, donc trop de matchs sans enjeu — se retourne dès qu’on le regarde depuis un pays qui n’avait plus passé le stade des huitièmes depuis des décennies. La Nati a gagné son groupe, disputé deux tours à élimination directe, et atteint son premier quart de finale depuis 1954 avant de tomber contre le futur finaliste argentin. Un tournoi plus large n’a pas offert un cadeau à la Suisse : il lui a offert du temps de jeu au plus haut niveau, ce qui n’est pas la même chose. Toute la campagne est retracée dans notre dossier la Suisse au Mondial 2026 et dans notre récit de l’élimination.
Ce qui a fâché
Un tournoi de cette taille produit aussi ses irritants, et il y en a eu trois. La FIFA a imposé des pauses fraîcheur obligatoires de trois minutes par mi-temps, protocole justifié par la chaleur mais utilisé par les entraîneurs comme temps mort tactique et par les diffuseurs comme espace publicitaire ; les tribunes ne s’en sont pas cachées. La finale a par ailleurs inauguré le premier spectacle de mi-temps de l’histoire d’une finale de Coupe du monde, dirigé par Chris Martin et réunissant notamment BTS, Shakira, Madonna, Justin Bieber, Gustavo Dudamel, Burna Boy, Jennifer Hudson, la chorale PS22 et les Muppets, au profit d’un fonds éducatif de la FIFA — accueil très partagé.
Reste la polémique la plus lourde. Début juillet, l’attaquant américain Folarin Balogun avait été expulsé après recours à l’assistance vidéo lors du seizième de finale contre la Bosnie, et devait purger une suspension automatique. Le président américain a personnellement téléphoné au président de la FIFA, après quoi l’instance a suspendu la sanction, rendant le joueur disponible pour le tour suivant. L’UEFA a estimé que la FIFA avait franchi « a red line » (« une ligne rouge »), qualifiant la décision de « unprecedented, incomprehensible and unjustifiable » (« sans précédent, incompréhensible et injustifiable »). Les États-Unis se sont ensuite inclinés 4-1 devant la Belgique.
Ce qu’il reste
Un champion inattendu dans la manière — une équipe qui a gagné huit matchs en encaissant un but —, un record de buts, un record d’affluence, une petite finale à dix buts, et un format qui devra encore convaincre ses détracteurs mais qui a permis à des sélections comme la Suisse ou le Cap-Vert d’écrire des pages qu’elles n’auraient pas eues autrement. La prochaine édition dira si c’était une exception ou une nouvelle norme. Pour les archives, tout le tournoi est résumé sur notre page Coupe du monde 2026, tout savoir.
À lire aussi : le récit de la finale Espagne-Argentine, les trophées individuels du tournoi et nos cinq leçons de parieur romand.
